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Bonjour à tous,
Pour ceux qui lisent le magazine "Prédators Mer", que je vous conseillent d'ailleurs, mon article sur l'Alaska est sorti avec en prime une petite présentation plutôt encourageante du film "Pêche à la verticale aux leurres souples" distibué par vidéotel. Un grand merci à Numa Marengo d'ailleurs.
En attendant, voici en avant première la version longue de l'article
"FLETANS PAS...MON GARS !"
L’Alaska, territoire situé entre l’océan Pacifique et l’océan Arctique, est la dernière frontière du continent nord Américain. Terre sauvage entre toutes, ce territoire symbolise la nature à l’état brut. Ses montagnes, glaciers et immenses forêts, parsemées de rivières aux lits erratiques, sont d’une beauté à couper le souffle. Positionné sur le cercle polaire arctique, c’est aussi une fantastique réserve naturelle pour la faune terrestre et aquatique.

Atterrissage au paradis :
Après plusieurs mois d’attente et de nombreuses heures de vol en direction de Detroit puis d’Anchorage, le rêve devenait enfin réalité : j’allais découvrir l’Alaska, ce très attirant pays enregistrant les plus grandes remontées de saumon au monde ainsi que ces énormes concentrations d’ « Halibuts » (Flétans) pouvant atteindre jusqu’à 200 Kg !!
Le rendez-vous était donc pris avec mon ami Dominique à l’aéroport d’Anchorage en cette fin de mois de mai. Encore trois heures de route en direction de la péninsule de Kenaï me séparaient du petit mais non moins charmant village de Kasilof. C’est ici que mon ami m’hébergera dans une ravissante petite maison de bois bordée par la rivière du même nom. Sur la route, nous croisons quelques « Moose » (Elans) et une impressionnante maman grizzly qui nous donne le ton du séjour.

Après une nuit tumultueuse due au décalage horaire et un bon café bien chaud, nous partons faire quelques courses et surtout récupérer ma « fishing liscence » pour cette semaine de pêche. Au programme, la Kasilof river, la Kenaï river et la Deep Creek river, nous permettrons, selon notre hôte, de « mettre le maximum de saumons de notre côté » et aussi de découvrir le plus de paysages possibles. Côté mer, nous pêcherons Le fjord « Cook Inlet » (ou le fameux capitaine Cook s’échoua pensant qu’il y avait un passage vers l’océan arctique), peuplé d’une multitude de flétans pendant la saison estivale.
Débuts difficiles…
Etant comme d’habitude très impatient de pêcher, je m’empresse d’aider mon hôte à préparer le matériel, puis, après un rapide chargement des cannes, waders et gilets de pêche, nous voilà partis pour le premier poste à saumon. Pendant le trajet, Dominique m’explique que cet endroit est accessible en voiture et qu’il risque d’y avoir quelques « fishermen ». Et il s’averra qu’il n’avait pas tort !! A mon arrivée au bord de l’eau, ce n’est pas moins d’une cinquantaine de pêcheurs qui déploie les soies et lance des cuillers. Heureusement il reste une vingtaine de mètres pour m’installer, dans un virage, avec une jolie limite de courant à pêcher. Je décide d’attaquer ce spot à la mouche. Mon matériel se compose d’une Shimano Biocraft de 10 Pieds (Et oui ! on utilise aussi ces cannes au pays des ours), d’un moulinet manuel large arbor, ainsi que de plusieurs soies à fuseaux décalés n°10 (de la soie flottante pointe plongeante, à la plongeante S3). Le moulinet est garni d’un backing d’une centaine de mètres pour faire face aux rushs les plus puissants. Un connecteur de soie réalisé en lead core et 2 mètres de fluorocarbon en 50/100ème font office de bas de ligne. Ce montage, grâce au lead core, permet au bas de ligne et à la mouche d’être parfaitement plaqués sur le fond et ainsi d’évoluer directement devant le nez des saumons. Notez que l’on peut faire varier la longueur du lead core pour s’adapter aux différentes profondeurs des postes pêchés.

Une fois la topographie du poste étudiée, j’effectue mon premier lancé ¾ amont en commençant par peigner la bordure, et je rajoute une cinquantaine de centimètres de soie à chaque lancé pour tenter de trouver le passage des saumons. Contrairement aux autres pêcheurs locaux, j’utilise au maximum les 20 mètres de berge qui me sont octroyés en me décalant de 2 ou 3 mètres de temps en temps. Au bout de quelques minutes, c’est la touche… « Fish on » !! Et me voilà parti le long de la rivière pour suivre le King qui a entamé une descente infernale… mais de courte durée puisqu’il se décroche en cours de rush. Ah zut ! Il avait l’air joli ! Tant pis, je me replace rapidement sur mon poste avant que quelqu’un me chipe la place, et continu à pêcher de la même manière. Malheureusement pour mon ami et moi, et malgré une tentative à la cuiller tournante en fin de soirée, ce sera la seule touche de la journée. Je suis un peu déçu mais relativise en me disant qu’il me reste encore 6 jours de pêche.
1er « run » des Sockeyes
Le lendemain, après un rapide petit déjeuner, Dominique et moi-même écoutons la boîte vocale des « Fish & Game » (ce sont les gardes de pêche locaux qui nous informent jour après jour des quantités et lieux de remontée des saumons), et suite à une discussion tournicotesque, nous prenons la décision de descendre la partie aval de la rivière Kasilof en « Drift boat », puisque pas moins de 8000 remontées de saumons ont été enregistrées sur ces dernières 24 heures. Mon ami m’explique que la réussite de la journée résidera dans la localisation des pools où les saumons marsouinent, puis dans la prospection des postes se trouvant juste en amont de ces pools. Nous partons donc à la recherche de ces « hot spots » en descendant la rivière au gré du courant, ce qui nous permet d’admirer le magnifique paysage qui s’offre à nos yeux. Après environ 30 minutes de descente, le premier poste est repéré. Un rapide, suivi d’une zone un peu plus calme s’ouvre sur une reculée plus profonde, laissant apparaître quelques dos de saumon. Plusieurs coups de rames nous permettent de nous poster bien en amont du poste pour assurer une discrétion optimale. A peine le bateau échoué sur les graviers, nous empoignons les cannes, fixons en guise de mouche un petit morceau de laine jaune fluo sur notre hameçon, puis commençons la prospection de la zone. Premier lancé à quelques mètres du bord, la mouche gratte le fond de la rivière et…Bim ! C’est la touche ! Le saumon prend le courant et me sort cinquante mètres de ligne d’entrée de jeu. Je commence à descendre la rivière avec lui tout en récupérant la soie mètre par mètre, mais il ne l’a pas décidé ainsi, le bougre ! Il me reprend vingt mètres de backing en me gratifiant de quelques chandelles puis commence lentement à revenir vers moi. A ce moment là, je sens qu’il commence à se fatiguer et, pour éviter qu’il ne perturbe ses congénères dans le pool, en profite pour le ramener vers le bord en le bridant fermement. Malgré un dernier rush d’espoir, il termine dans l’épuisette après environ dix minutes de combat. J’admire enfin mon premier saumon Sockeye qui doit peser aux alentours de quatre kilos. Sa magnifique robe argentée parsemée de poux de mer nous prouve qu’il vient juste de remonter d’où son extraordinaire combativité. Après quelques photos, je le remet délicatement à l’eau et me prépare pour mon deuxième lancé.

C’est à ce moment, à la deuxième touche, que je me suis rendu compte qu’il y avait un énorme banc de saumons qui était à nos pieds, et qui avait fermement décidés d’atteindre l’amont de la rivière pour faire leurs devoir. A partir de cet instant, les touches se sont enchaînées et, malgré quelques poissons décrochés, je termine la journée avec une quinzaine de saumons.

Halibut fever !!
Pour laisser reposer mes chers salmonidés, nous décidons, pour ce troisième jour de pêche, d’aller traquer les flétans dans le fjord situé à l’est de Kasilof : le « Cook Inlet » ; d’autant plus que les conditions sont idéales pour sortir en mer. Nous préparons donc la coque aluminium de 5m50 de Dominique, montons les moulinets tournants sur les cannes « trolling », et partons en direction du port de Homer. Après s’être arrêté acheter quelques kilos de harengs, et une heure de route plus tard, nous arrivons dans ce fameux port qui se trouve être plutôt dépaysant pour un Malouin comme moi. En effet, les quais sont surplombés de magnifiques montagnes aux neiges éternelles resplendissantes, ce qui fait déjà de cette partie de pêche une réussite avant même d’avoir commencé à « tremper du fil ». Une fois le matériel gréer et le bateau mis à l’eau, Dominique trace la route à suivre sur son GPS, qui nous mènera vers les meilleurs spots de pêche, c’est-à-dire des hauts fonds sableux où le courant est plus puissant et qui attire irrémédiablement les proies préférés des halibuts à savoir les harengs. Nous commençons donc par prospecter un banc de sable situé à 80 mètres de profondeur où Dominique a déjà pris de gros spécimen. Après 1 heure d’attente sans aucune touche, il faut se rendre à l’évidence : Les halibuts ne sont pas sur cette zone aujourd’hui. Nous décidons donc d’aller les rechercher dans 30 mètres d’eau, où le courant est plus soutenu. Une fois arrivé sur zone, Dominique se cale au mouillage et nous préparons expressément les montages. Un émerillon pater noster agrémenté d’un plomb de 150 grammes monté sur fil cassant, puis un bas de ligne de 2 mètres en fluorocarbon de 80/100ème se terminant par un Hameçon de 8/0 à 12/0 selon la taille de l’esche. Nous fixons sur chaque canne 1/3 ou ½ hareng et descendons les montages au fond. Ca y est, ça pêche !! A peine les montages arrivés sur le fond nous enregistrons déjà 2 touches simultanées. Chacun de nous prend une canne et le combat commence.

C’est lourd !! d’autant plus que l’halibut a la fâcheuse tendance de mettre la surface de son corps en opposition avec le courant, ce qui rend la tache encore plus difficile. Finalement, au bout de 5 minutes ce sont 2 specimens d’environ 10 kg qui crèvent la surface de l’eau. Nous les saisissons par la queue pour éviter de les gaffer et ainsi pouvoir les remettre à l’eau.

A ce moment là, mes yeux sont déjà rivés sur ma canne à bar que j’utilise sur les gros spécimen de fin de saison en Bretagne : Quel plaisir pourrais–je prendre avec ce matériel si léger pour ce type de poisson ? Bref, laissons voir venir et nous verrons ça tout à l’heure. Malgré un petite accalmie pendant l’étale de haute mer, les touches se succèdent pendant près de quatre heures et nous sommes déjà rendu à 35 halibuts avec une dizaine de prises avoisinant les 25 kg. A ce moment là, ma décision est prise, je vais me faire plaisir !! Canne à bar 50/100g en main muni d’un Twin Power 5000 garni de tresse en 30/100ème, je vais m’attaquer à « sir halibut ». Je confectionne le même montage avec un plomb de 80g et laisse descendre le tout au fond. Et c’est parti ! Première touche ! Je me fais prendre 50 mètres de tresse « cash » avant de pouvoir commencer à le maîtriser le bougre ! Je regagne doucement du terrain, mètre par mètre, avant de le voir s’énerver et de me remettre encore un rush d’une trentaine de mètres cette fois-çi. Au bout de vingt minutes, je l’aperçois enfin sous la surface de l’eau : Il est ENORME !! Ou en tout cas bien plus gros que les autres. Dominique saisit la gaffe et lui glisse délicatement à l’intérieur de l’ouie avant de le monter à bord. Oh my God !! Il fait 35 kg et m’a donné un plaisir monstrueux avec mon matériel de pêche au bar (testé et maintenant approuvé !!).

Après quelques prises plus modestes sur ce même matériel, il se fait tard et nous décidons de rentrer.
Une fin de séjour saumonesque !!
Le Jeudi matin, nous nous réveillons sous des trombes d’eau et la température a baissé de presque 10 degrés. Malgré une tentative de 2 heures sur le poste du premier jour, nous terminerons cette matinée capot. Bref, ce n’est pas grave, un peu de repos ne me fera pas de mal. Le Vendredi, nous partons à la conquête de la Kenaï river en amont et en aval de Skilak Lake. Après 2 heures de 4x 4 dont 1 h 30 sur des pistes dignes du « Camel Trophy », la forêt très dense s’ouvre sur un magnifique lac d’environ 8000 hectares qui nous servira de point de départ pour aller prospecter à la fois l’amont et l’aval de la rivière dont le lit principal traverse le lac. La mise à l’eau du bateau s’effectue rapidement, car il nous reste encore 30 minutes de route à la vitesse moyenne de 20 nœuds pour atteindre le premier poste de pêche. A peine arrivés à l’endroit où la rivière se jette dans ce fameux lac, nous observons 2 ou 3 marsouinages de saumons sur le pool situé seulement 50 m en amont. A ce moment, nous pensons que ces poissons viennent juste de remonter, et que leurs congénères sont certainement devant nous. Malheureusement, nous étions arrivés un peu tard et après avoir insisté 1 heure sans plus entendre aucun marsouinage, nous remontons sur la coque « alu » et décidons de traverser le lac pour allez pêcher la partie aval de la Kenaï. A peine arrivés, nous observons un banc de sable sur notre droite qui fait forcir le courant, et sur la droite une « route » de quelques mètres de large où le courant se trouve être quasiment nul. Nous descendons donc d’une cinquantaine de mètre pour échouer le bateau et ne pas faire fuir les éventuels poissons présents sur la zone, puis remontons la rivière à pas de sioux pour « attaquer » le spot bien en amont. Une fois sur le poste, il ne nous faut pas longtemps pour débusquer les premiers poissons qui, comme ce que nous pensions, remontent tranquillement la rivière à l’endroit ou le courant est le plus faible. En effet, en moins d’une heure, nous comptabilisons une quinzaine de « sockeyes » à deux pêcheurs ainsi que plusieurs décrochés dont un très gros qui a, tout de même, pris environ 100 mètres de backing à mon ami Dominique avant de se décrocher.

Les touches diminueront progressivement jusqu’à s’arrêter à la tombée de la nuit. De toute façon, la journée a été longue et il nous faut rentrer, mais nous décidons tout de même de revenir le lendemain, étant donné que de nombreuses quantités de poissons ont l’air de remonter en ce moment à cet endroit. Un coup de téléphone aux « Fish & game » nous le confirme, et le lendemain soir, nous comptabilisons environ 10 saumons chacun.
The last day !!
Après un rapide dîner, je monte me coucher car je suis exténué, mais aussi une journée toute particulière m’attend le lendemain. En effet, nous décollons à 8 heures demain matin pour ¾ d’heure d’hydravion suivi de 20 minutes de bateau pour partir traquer les saumons sur un pool très large et très prometteur, mais qui est très difficile à pêcher en ce moment, car les ours s’y sont installés depuis plusieurs jours. Le lendemain, les choses se confirment dès notre arrivé puisque un ours noir est entrain de dépecer un saumon, qui tente encore d’échapper à son prédateur dans un ultime coup de caudale. Nous choisissons donc de nous installer légèrement en amont du poste, d’une part pour ne pas déranger les ours, et d’autre part pour effectuer une approche la plus discrète possible étant donné que nous pêcherons du bateau. Mon premier geste consiste comme tous les jours à enfiler mes polarisantes et à rester quelques minutes immobile en observant l’eau pour tenter de localiser les saumons, et surtout la veine de courant où ils remontent. A peine les lunettes sur les yeux, j’hallucine littéralement en voyant plusieurs centaines de saumons sur une surface grande comme un demi terrain de foot !
« Il ne devrait pas y avoir besoin de localiser la veine d’eau aujourd’hui …»
Et cela se confirme dès le premier lancer. A peine la mouche a-t-elle touchée l’eau que déjà 2 saumons se battent pour la prendre… c’est du grand n’importe quoi !!! Pour rigoler, j’entame même un match contre les ours qui se situent 100 mètres plus bas…1-0…1-1…1-2 …etc…

Après 2 heures de folie, les choses se calment et les ours commencent à rejoindre la forêt, repus. Je prendrai encore 1 ou 2 sockeyes, et à la fin de la journée, je comptabilise une bonne quinzaine de saumons.

Je suis tout de même un peu déçu, non pas de ma journée de pêche, mais parce que mon « trip » pêche se termine : « Come back home ». Avant de repartir, je profite une dernière fois de cet environnement exceptionnel en faisant un trekking sur un glacier et en survolant le mont Mac Kinley en avion monomoteur. Je vous laisse apprécier le paysage sur ces quelques clichés car cela se passe de commentaire.


Je termine donc ce voyage en Alaska avec des souvenirs plein la tête et me promet de revenir un jour, le jour où mes saumons délicatement relâchés, auront pris quelques kilos !!!
Emeric Gauvin
NB: Ca c'est du casse-dalle d' Américain !!!

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